Estelle LAGARDE

Durant mes études d'architecture, une rencontre majeure avec un homme artiste-peintre me conduit à la photographie. Celui-ci me transmet les bases techniques et artistiques du médium. Architecte DPLG, en 2000, mon savoir-faire en prise de vues et en tirage NB se développe durant les trois années suivantes. En 2003, le souhait d'une professionnalisation m'incite à rencontrer des personnalités du milieu de la photographie : vifs encouragements de la part de l'agence VU et de Gilles Mora. Les appréciations de Michèle Chomette, Agathe Gaillard, et Françoise Paviot enrichissent ma démarche. 2004, la mort de mon mentor, le deuil et le bouleversement me conduisent vers un réinvestissement obsessionnel de bâtiments voués à la démolition. Apparaît la photographie couleur. Le travail évolue au fil de mes rencontres avec des lieux, le plus souvent atypiques, lesquels m'inspirent diverses créations.

En 2006 mes photographies sont exposées en salons, puis en galeries, et rapidement reconnues par la presse. Lauréate des soutiens à la création de la fondation E-C-Art Pomaret en 2007 et 2009, je décide d'explorer le grand format avec l'acquisition d'une chambre. En 2010, La traversée imprévue, journal de textes et de photographies d'une expérience personnelle de vie (un cancer du sein) est présenté à l'occasion de tables rondes et d'interviews. En 2015, paraît l'Auberge, un ouvrage composé de textes courts et de photographies. Lauréate de la bourse d'aide à la création du département de l'Ain en 2017, la série De anima lapidum, L'Âme des pierres, est présentée au Monastère Royal de Brou à Bourg-en-Bresse avec le soutien du Centre des Monuments Nationaux. Certaines des photographies intègrent la collection du musée. Depuis 2019, je me consacre au témoignage de la vie d'une femme devenue handicapée, sous forme d'une interview imagée.

En 2020, je renoue avec le paysage et le voyage avec un regard modifié par vingt ans de démarche photographique. Mon dernier ouvrage dévoile une autre histoire de photographie et d'amitié avec la rencontre dans le métro en 2004 d'une jeune personne, Hélène Muyal-Leiris, qui deviendra mon modèle, puis mon amie, avant de décéder le 13 novembre 2015 au Bataclan.



During my studies of architecture, a major meeting with an artist-painter led me to photography. He transmitted me the technical and artistic bases of the medium. As a state registered-DPLG architect in 2000, my ability in black and white shooting and printing developed during the three following years. In 2003, the need to become a professional photographer encouraged me to meet experts from the photography environment: I received strong encouragement from VU agency and Gilles Mora. The appreciations of Michèle Chomette, Agathe Gaillard, and Françoise Paviot enriched my approach. In 2004, the death of my mentor, the mourning and the upheaval led me to an obsessive reinvestment of buildings destined to be demolished. Color photography emerged. The work evolved through my encounters with places, most often atypical, which inspired me to various creations.

In 2006 my photographs were exposed in shows, then in galleries, and quickly recognized by the press. Winner of the E-C-Art Pomaret foundation in 2007 and 2009, I decided to explore the large format with the acquisition of a large format camera. In 2010, "La traversée imprévue", a diary of texts and photographs of a personal life challenge (breast cancer) was presented during round tables and interviews. In 2015, I published "L'Auberge", a book composed of short texts and photographs. Winner of the Ain* district's creation grants in 2017, the series "De anima lapidum, L'Âme des pierres", was presented at the Monastère Royal de Brou in Bourg-en-Bresse with the support of the Centre des Monuments Nationaux**. Since 2019, I dedicate myself to the testimony of the life of a woman who became disable, in the form of a long interview made of words and images.

In 2020, I questioned the landscape and travelled with a look modified by those twenty years of photographic approach. My latest book, "Hélène", revealed another story of photography and friendship with the meeting in the subway in 2004 of a young woman, Hélène Muyal-Leiris, who will become my model, then my friend, before dying on November 13, 2015, at the Bataclan, during terrorist attacks of Paris.

Estelle Lagarde

*Ain, French district located in the east of France
**National Monuments Center, Ministry of Culture

 

 

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« Les photographies d'Estelle Lagarde sont réalisées dans des lieux à l'abandon – château, hôpital, maisons promises à la démolition. Ce n'est pas la poésie des ruines qui attire cette jeune femme, mais le fait que ces endroits chargés de la présence de leurs anciens locataires constituent des sanctuaires propices à l'évocation d'êtres disparus. Estelle Lagarde a perdu son compagnon, foudroyé par un cancer. Ses deux premières séries de photographies, Dame des Songes et Contes Sauvages, évoquent ce deuil et une tentative de retour dans le monde des vivants. Apprivoisant l'insupportable par la beauté, cette architecte de formation met en scène des personnages fantomatiques, masqués, des femmes en robe du soir qui errent entre deux réalités, celle des morts et la nôtre. Dans Hôpital, les spectres cèdent la place à des êtres de chairs et de sang. Estelle Lagarde y révèle par des allégories les peurs et le dénuement que l'on ressent dans les établissements hospitaliers. L'impression d'être dépossédé de soi. Appuyée par une très grande maîtrise de la mise en scène, la photographe matérialise avec un humour froid, proche de la colère, le désarroi des patients et le retour à l'enfance de certains comme ultime échappatoire. »

Luc Desbenoit pour Télérama, n° 3089


« Estelle Lagarde makes photographs in neglected places - château, hospital, houses set for demolition. This is not the poetry of ruins that attracts this young woman, but the fact that these places charged with the presence of their former tenants are sanctuaries conducive to the evocation of vanished beings. Estelle Lagarde has lost his companion, struck down with cancer. Her first two series of photographs, “Dame des Songes” (Queen of Dreams), and “Contes sauvages” (Wild Tales) evoke bereavement and an attempt to come back into the world of the living. She tames the unbearable through beauty. Estelle Lagarde, architect, features ghostly, masked characters, women in evening dress who wander between two realities, that of the dead and ours. In “Hôpital” (Hospital), the spectra are being replaced by beings of flesh and blood. Her allegories reveal the fears and deprivation felt in hospitals: the feeling of being dispossessed of oneself. Supported by a great mastery in directing, this photographer materializes, with a cold humor, close to anger, the patients’ disarray and the return to childhood, which is, for some of them, the ultimate escape. »

Luc Desbenoit for Télérama, n° 3089

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Diplôme de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-La-Villette, félicitations.

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